«A jamais les premiers». Le cri de ralliement des supporters de l'OM pourrait être celui des supporters du Stade Toulousain. Il se réfère à la victoire phocéenne de 1993 en Ligue des champions, la première d'un club français en Europe. Toulouse fut, aussi, le premier club d'ici à conquérir le continent, en 1996. Avec une nuance de taille, qui fera durer son mythe encore longtemps : Toulouse a tout simplement remporté la première Coupe d'Europe de l'histoire du rugby. Cela le rapproche du Real Madrid, titré en 1956, et huit autres fois ensuite. Comme le club espagnol, Toulouse est le club qui a remporté le plus de coupes d'Europe avec trois succès (1996, 2003, 2005), avec deux autres finales (2004, 2008) qui authentifient un savoir-faire constant au plus haut niveau. Contrairement à l'ordinaire du football, où la France est en L2 européenne, le rugby français demeure une référence, certes moins riche que l'Angleterre, mais capable d'attirer des champions du monde sud-africains juste après leur titre (Montgomery, Smit) et autres stars venues du Sud (Carter, Gregan, Oliver), notamment le demi de mêlée néo-zélandais Kelleher, peut-être le meilleur du monde.
Un FC Nantes qui n'aurait pas connu la crise
Imaginez, amateur de football, que le FC Nantes n'ait jamais connu la crise de gouvernance et de résultats qui l'a vu sombrer en L2 en 2007. Imaginez qu'après le titre de champion de France de 2001, les Canaris aient continué à dominer le Championnat de France avec le jeu racé mis en place par José Arribas dans les années 60, perpétué via un centre de formation en avance sur les autres par Jean-Claude Suaudeau et Raynald Denoueix. Imaginez que Nantes ait gagné le titre en 2008, terminé deuxième en 2003 et 2006, puis troisième en 2002, 2004, 2005 et 2007, et vous aurez une idée de la valeur du Stade Toulousain dans le rugby français. De sa valeur actuelle en compétition, et de sa valeur éternelle dans l'identité de jeu...
Comme Nantes naguère, Toulouse est une école qui mêle l'exigence des résultats et une certaine idée du «régal», pour les yeux des spectateurs et pour les joueurs. Le jeu à la main y est ce que la passe était à l'époque de Suaudeau : l'alpha et l'oméga d'une culture durable dévouée à l'expression collective. La formation toulousaine continue de produire à la chaîne les joueurs les plus valeureux. S'il y a quelque chose du Lyon actuel dans le volume des internationaux que Toulouse confie à l'équipe de France, la dette du XV national aux Rouge et Noir ressemble à celle de l'équipe de France des années 70, 80 et 90 pour le FC Nantes, quand les Desailly, Deschamps, Bossis, Michel, Karembeu et autres Tusseau poussaient leur éclosion jusqu'au niveau international.
La continuité et la réussite de Manchester United
Quelle est la différence entre Alex Ferguson et Guy Novès ? C'est que personne n'a jamais vraiment cru que Ferguson quitterait Manchester United pour une équipe nationale, alors que le sujet revient à chaque fois sur le tapis pour le boss du Stade Toulousain quand le sélectionneur du XV de France doit abandonner le poste. A part ça, les deux hommes ont réussi, par-dessus tout, dans un même élan, à incarner leur club et leur équipe aux yeux du monde extérieur, leur style, leurs résultats, et une faculté incroyable à orchestrer le renouvellement des générations en s'appuyant sur un staff dévoué. Par un mimétisme assez troublant, la parenthèse contemporaine de leurs succès s'est ouvert, pour MU et Toulouse, par un titre de champion quasi simultané, en 1993 pour les Rouge et Blanc et 1994 pour les Rouge et Noir. Ferguson est en poste à Manchester depuis 1986. Novès a intégré le staff toulousain en 1988 avant d'en devenir, très vite, le chef.
Les deux hommes ont un palmarès long comme le bras. Plus rien à gagner (dix titres de champion national pour l'Ecossais, huit pour le Français). Mais, toujours, la même autorité, dans un club économiquement florissant et ultra-professionnel dans toutes ses composantes. Depuis l'arrivée de Malcolm Glazer à la tête de Manchester en 2005, les choses sont cependant devenues plus opaques pour MU. La gestion de la marque par le patron de la SASP, René Bouscatel, à Toulouse, ressemble davantage au modèle footballistique de Jean-Michel Aulas à Lyon (l'omniprésence en moins) ou celle d'un certain Olivier Sadran, patron du foot depuis 2001 à...Toulouse.